Dans la peau d’une donneuse de gamètes

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Novembre 2011: je suis à moins d’un an de mon arrêt de contraception. Un jour, je ne sais plus quand, j’ai lu quelque chose sur le don d’ovocyte. Je me suis dit que ce serait bien avant d’être trop vieille. J’ai commencé à faire des recherches. Je suis tombée sur un site (qui n’existe plus), celui d’une certaine « Enfant Magique », qui est deux fois mère grâce à des dons, et qui propose de mettre en contact des donneuses et des couples receveurs.

Décembre 2011: J’ai trouvé mes receveurs. Je suis en contact avec la femme du couple et elle place en moi beaucoup d’espoir. Dans le CECOS dont nous dépendons (il n’y en a pas partout pour les dons d’ovocytes, et notamment pas dans ma grande ville), une donneuse = environ 6 mois d’attente en moins.

Je me présente mais je dois relancer le CECOS. Beaucoup mais vraiment beaucoup de problèmes d’organisation. Je ne sais pas mais je ne suis vraiment pas rendue.

Janvier 2012: premiers rdv, premiers examens. J’habite à perpet donc ils me les ont groupés. Professeur + psy + caryotype et seros en tous genres + généticien.

Le prof me raconte comment ça se passe, la psy veut savoir si je me sacrifie pour ma cousine (en gros, ça a été très rapide à partir du moment où j’ai expliqué que je ne connaissais pas le couple receveur) et la généticienne a cherché à détecter la moindre micro maladie génétique chez mes ancêtres, mes neveux, mes frères et soeurs, mes oncles etc. Par chance, rien à signaler.

Les résultats du caryotype sont tombés environ deux mois plus tard. RAS mais aucune précision.

Avril 2012: Dernier examen, une écho à J5 alors que je portais ma cup mais que j’avais oublié. Bien entendu une petite écho endo chattale avec en prime une stagiaire qui pouvait admirer le spectacle. Au moment d’introduire la sonde, je me souviens que j’ai la fameuse cup. Visiblement, les deux personnes présentes n’avaient aucune idée de ce que ça pouvait être. Elles ont juste compris que je me carrais volontairement des trucs dans le vagin.

Je pouvais démarrer quand je voulais, il fallait juste que j’appelle en J1.

Juin 2012: J1 et je suis prête. J’appelle et la galère commence. Je pense que le fait que je sois à distance du CECOS n’a pas facilité les choses, mais vraiment l’organisation a été pénible parce que je devais gérer tout moi même.

Par contre, la stim a été beaucoup moins pénible que les quelques jours que j’ai vécu récemment. Une injection en intra musculaire et environ 10 jours de gonal, ponctués par quelques prises de sang et échos.

Dans le cadre d’une FIV, c’est autre chose. Je ne sais pas si c’est le provames, ou l’orgalustan, ou le puregon mal toléré, ou tout simplement le côté psycho de la chose… mais deux semaines m’ont parues un enfer à côté.

Juin 2012: arrive le jour du déclenchement, puis celui, libérateur, de la ponction (sous hypnose, j’ai voulu tester).

Juin 2012: Ça y est, j’ai fait mon devoir et tout cela est derrière moi. Je ne sais pas combien d’ovocytes ont été ponctionnées. Je ne saurai pas s’il y a eu des embryons, s’il y a eu des transferts, s’il y a eu des grossesses et des naissances.

J’y repense pendant quelques semaines et puis j’oublie. De temps en temps ça me reviens en mémoire. Par exemple quand j’ai eu le diagnostic du gynéco et que je me suis dit que Dieu (s’il existe) avait vraiment un humour de merde.

Mais globalement, mes ovocytes et leur destinée… j’en ai rien à péter.

Les examens et recherches approfondies auront prouvés que je ne léguais pas de saloperies. Le reste? Ça sera peut être quelques taches de rousseur et un gros orteil plus long que la moyenne.

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Psychologiquement parlant, je savais que je ne donnais que quelques cellules. Beaucoup moins que si je donnais mon sang.

A aucun moment je ne me suis dit que je refilais des enfants, ou que j’aimerais connaitre un jour le fruit de mon don.

A partir du moment où ils ont quittés mon corps, ces ovocytes ont été ceux du couple receveur. Ce sont eux qui légueront leurs mimiques, leurs tics, leurs façons de parler, leurs gestes, leurs regards… à leurs enfants.

Les ressemblances? Les CECOS font en sorte que les donneurs l’aient avec les receveurs.

Et puis une personnalité se bâtie sur les personnes qui nous font grandir, pas sur 3 gènes qui se battent en duel.

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Quand au désir d’avoir un jour un lien quelconque avec le fruit du don, il est absent chez moi. Je ne veux pas savoir. Enfin, j’aimerais savoir s’il y a eu des succès, mais je ne souhaite pas les connaitre. Ce n’est pas mon histoire, ce n’est pas l’histoire de mon (mes?) enfant(s).

Je comprends qu’un enfant adopté souhaite connaitre son histoire. Toutefois, l’histoire d’un enfant issu de don de gamète est, d’après moi, très simple. Il a été porté par sa maman, il a été désiré aussi par son papa. Il est né et a grandi dès le premier jour autour d’eux. Il n’a pas d’autres parents quelque part.

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43 commentaires

  1. Il est magnifique ton article. Il reflète bien le gros pb des CECOS (organisation pourrie, il fait vraiment être motivée pour donner) et surtout l’état d’esprit dans lequel est un donneur.
    Concernant la ponction sous hypnose, as-tu souffert? J’ai fait le transfert de cette façon mais la ponction… La prochaine sera sous AL j’ai déjà des suées rien qu’à y penser 😱
    C’est incroyable ce que tu as fait. C’est admirable ce que tu écris. Que ça ai fonctionne ou non, tu as été la fée d’un couple.
    Si Dieu a un humour de merde toi tu as un cœur énorme. Tu es une grand dame la chouette.❤️
    Nb : tu as un orteil qui dépasse de la chaussure touah?… 😜

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          1. Parce que j’en ai eu 5 en un an et mon corps sature… Et ma tête aussi… Je fais des crises d’angoisse au bout de quelques heures d’hospitalisation : jai le syndrome des jambes sans repos (post anesthésie surtout) et je ne supporte pas d’être enfermée et a moitié shootée. Du coup en AL moins droguée, récupération plus rapide et pas d’hospitalisation! Dans un hôpital que je ne connais pas j’ai peur de ma réaction en AG….

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    1. Il n’y a que des chouettes personnes, sur la blogo ! Au départ de notre parcours, j’avais aussi pensé à faire un don après la naissance de notre enfant, mais comme nous n’avons pas encore d’enfant après plusieurs années et que mes ovocytes sont finalement pourris, disons que ce serait un bien mauvais cadeau à faire à une PMette ! Je vous aime trop pour cela !

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  2. Merci de nous faire partager ce moment altruiste. Avoir fait ça sans avoir été confrontée à la PMA avant, sans le faire pour « parrainé » quelqu’un de proche (famille ou amie), c’est vraiment quelque chose de remarquable ! Mille bravos à toi !
    Tu as sûrement fait des heureux !
    Maintenant, la nature a un sacré sens de l’ironie…

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  3. Tu es mon idole. Ah je te l’ai déjà dis ?
    Il m’a fallu connaître les affres de l’infertilité pour avoir eu envie de donner (a supposer que je devienne moi même maman). Toi, tu l’as fait avant. C’est beau, point.

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  4. Je suis très admirative! Ce don est le plus beau que l’on puisse faire. Et se dire que toi tu galère pour avoir ton bébé alors que tu as peut être contribuer à un enfant pour un autre couple, c’est vraiment une preuve que la vie est injuste.
    C’est très intéressant la façon dont tu décris tes sentiments vis à vis des fruits de ton don.
    Encore une preuve que tu es une belle personne la chouette. bises

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  5. C’est absolument terrifiant de lire que rien n’est fait pour faciliter les choses aux donneuses. Après on se plaint qu’elles ne sont pas assez nombreuses…. En tout cas j’admire ton geste et ta façon de voir les choses, je n’ai personnellement pas le même recul sur le don que toi et cela rend les choses plus dures à envisager.
    Bisous !

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  6. Un IMMENSE merci pour ce témoignage, extrêmement utile pour les couples, dans notre cas, qui s’interrogent sur le don d’ovocytes. Pour ce qui me concerne, je pense surtout à la donneuse: je fais « subir » une stimulation et une ponction à une autre femme alors que c’est mon désir d’être mère qu’il s’agit de satisfaire. C’est tout de même plus lourd que le don de sang ou de sperme, et pas « neutre » en termes de portée, au moins symbolique. Une cellule ne fait pas un enfant, mais de cette cellule là naît le cadeau immense de la vie qui pourra se développer dans mon corps. Aucun doute que ce sera mon enfant, car je le porterai depuis le départ, je le nourrirai dès le départ, il se développera dans mon ventre, avec ce que je lui apporterai. Je n’ai aucun problème avec cela. Mais mes freins viennent du fait que je pense à la donneuse, avec le contexte du don à l’étranger qui est convenablement indemnisé et peut alors être une motivation pour une jeune femme. Est-ce que je « n’exploite » pas la situation financière délicate d’une jeune étudiante espagnole, qui n’est pas dans une démarche spontanée de don mais dans une logique principalement financière ? Je trouve plus que normal d’indemniser, et l’inverse me choque à vrai dire. Ce n’est pas rien, ce que l’on demande aux donneuses. Mais cela pose question pour ceux qui reçoivent le don. Pour Monsieur ICSI PARI, les choses sont plus simples: il y a plusieurs motivations qui se mélangent, et l’aspect financier ne doit pas interdire la beauté du geste. Lorsque quelqu’un participe à un essai médical moyennant finance, avec des risques définis, il n’y a rien de choquant à ce que l’on indemnise correctement et que ce soit une motivation pour la personne qui accepte le test. Ce n’est pas la seule, mais cela peut en être une. Ce serait un peu la même chose, de son point de vue…
    Plein de bises et merci encore

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    1. Je vois les choses comme toi, l’indemnisation va de soit. Mais en France tout don est gratuit.
      Après, ils remboursent certaines choses mais pour l’investissement de temps, de patience et de courage ce n’est rien. On est loin de la demi-heure pour donner son sang ou de la branlette pour donner son sperme.
      Je pense que l’énorme besoin en France vient de là, ainsi que la règle d’écarter les nullipares (alors que beaucoup attendent la trentaine pour avoir leurs enfants… Après, c’est déjà trop tard pour le don!).

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  7. En plus d’être drôle et intelligente, notre Chouette a également un grand coeur!! Bravo à toi pour ce beau geste gratuit. J’envisageais aussi de donner mais je ne m’en sens plus capable après être passée deux fois par la PMA. On verra plus tard. Mon mari le fera je pense, bisous

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  8. Très bel article et c’est une très belle initiative. Bravo madame. Moi aussi j’y avais songé mais comme les miens sont pourris… Par contre si on arrive à avoir des embryons surnuméraires je les donnerai.

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  9. Pfffouuuuu, avec tous ces compliments, on est pas dans la marde, tu dois une pastèque à la place de la tête là.
    Bon, t’es vraiment une chouette personne la chouette. La nature se fout vraiment de ta gueule. Je la trouve quand même pas hyper redevable cette dnlp.

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  10. La nature se fout de ta gueule, il n’y a pas de doute !
    Je t’admire pour ce don.
    J’ai pensé à donner « quand on aura des enfants ». Mais dans notre cas, on va oublier le don d’ovocyte (ça ne serait pas sympa pour la receveuse l’absence de fécondation, même si on ne sait pas si ce sont mes gamètes qui sont en cause).
    Par contre, on pense sérieusement à donner nos éventuels embryons surnuméraires, mais il faut déjà arriver à avoir des embryons pour ça.

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