Les oreilles des instits

Je vais parler enfant.

Si c’est dur pour vous, je comprendrais que vous décidiez de passer votre chemin.

MAIS! Mais il se peut que ce soit quand même amusant. Alors c’est vous qui voyez.

L’autre soir, je discutais avec ma fille (qui va entrer au collège, on est loin du petit bébé), et je trouvais ses réflexions aussi mûres que follement enfantines. Ça donne un mélange qui est très difficile à expliquer mais qui a un charme fou.

Genre (texto): « Il a traité Valentine de grosse P-U-T-E sans raison, alors je l’ai traité de homard sans pince. »

Notez qu’il aurait pu traiter la gamine de 10 ans de grosse pute pour une excellente raison. Et notez également la répartie irrésistible bien qu’encore incomprise.

.

Du coup mon esprit est remonté un peu, pour faire le tour de ce que j’avais pu entendre sortir de sa bouche qui m’ait foutu la honte ou fait cracher mon café.

La première très grosse honte dont je me souvienne se passait dans le bus. Ma fille devait avoir 4 ans et a choisi de s’asseoir de l’autre côté du couloir central. Je venais d’acheter un magazine et j’étais en train de le feuilleter quand une jeune femme obèse est montée et s’est assise en face de moi. Ce qui devait arriver arriva: un tonitruant « t’as vu maman, elle est grosse la dame! ». Classique mais affreux (et encore pire pour la victime, malheureusement). Et, erreur de débutante, j’ai fait comme si je n’avais pas entendu. Et les enfants aiment qu’on leur réponde. Nous sommes descendues à l’arrêt suivant.

.

Et puis il y a eu ce matin où Pouêt est allé la réveiller pour l’école. Quand j’étais petite, ma mère était plutôt du genre à nous réveiller en déboulonnant la porte et en arrachant la couette, alors moi j’ai décidé de faire l’inverse exact. Et Pouêt respectait aussi le rituel tout doux de la voix chuchotante et des caresses sur la tête et les épaules.

Donc bref, vous voyez le truc venir, elle arrive dans la cuisine et nous sort: « Moi, mon beau-père il me caresse dans mon lit le matin. »

Je crois bien avoir vu les cheveux de Pouêt se décoller de sa tête.

.

Il y a aussi eu cette fête de famille bien arrosée: quand nous sommes partis j’étais plutôt très gaie et ma fille hallucinait de me voir glousser sans raisons (et marcher moyen droit).

C’est pour ça que le lundi matin elle a expliqué à sa maîtresse que ce week end, j’étais droguée. Genre, « arf, ce we encore ma mère s’est prostituée pour se payer sa dose d’héroïne. » … Fendard.

.

Il y a environ 2 ans, on était dans les transports en commun (encore), et ma fille regarde par la fenêtre. Et d’un seul coup, elle me demande (beaucoup trop fort à mon goût): « Et toi maman, tu préfères les noirs ou les blancs? ».

On apprends très vite que dans ce genre de situation (avec beaucoup, beaucoup de témoins de toutes origines), il faut comprendre rapidement le contexte, au risque de partir dans des monologues et des explications de plus en plus embarrassantes (parce que rythmés par d’autres questions tout à fait flippantes). Alors ne répondez pas tout de suite: « Ah mais moi je préfère les blancs! Heil Hitler! ».

En fait, elle venait de voir une fresque en noir et blanc avec des gens qui avaient l’air de se battre.

.

Hop, on avance dans le temps. Il y a quelques mois, j’étais seule avec elle pour le repas du soir. Elle en foutait partout alors je l’ai traitée de « mini-truie ». Donc elle me répond immédiatement que moi, je suis une « vieille truie ». Ça aurait pu s’arrêter là, on a bien rit, j’ai textoté à Pouêt qui a répété à ses collègues comment je me faisais insulter ( et qui doivent donc penser qu’on vit avec une pré-délinquante) et voilà.

Mais non, parce qu’en y repensant elle se rend compte qu’on a oublié quelqu’un dans la charmante histoire de notre famille… « Alors mon beau-père, c’est un vieux cochon. ».

(Notez comme « mon beau-père » plutôt que « Pouêt » donne toute sa saveur à ce genre de phrases innocentes.)

.

Je pense à tous ces Pouêt et ces Chouette de la Terre qui ont reçu une visite surprise de l’assistante sociale. Je compatis.

Publicités

63 commentaires

  1. J’adore le fait qu’il n’y jamais d’arrière pensée chez les enfants! On devrait rester comme ça toute notre vie! Après tout, pourquoi ce serait un crime d’appeler une femme grosse, grosse? (et ça vient pas d’une personne spécialement mince).
    Merci de nous faire rire! et c’est cool, maintenant on peut te lire dans la liseuse, un clic en moins de bon matin 🙂

    J'aime

  2. Ahhh j’adore les mots d’enfants!
    Ça me rappelle une journée babysitting du neveux d’une copine de fac, nous voilà le petit genre 4 ans ma cop et moi dans le bus sur un carré de 4 place quand une femme enceinte jusqu’aux molaires vient s’assoire a côté de moi et en face du petit.
    Et la, la, le petit montre son ventre du doigt et lui dit: « je sais ce que tu as fait! »
    Explication: sa mère lui avait dit en lui montrant une femme enceinte que si il ne s’arrêtait pas de ronger ses ongles il aurait le ventre gros comme ça!

    Aimé par 2 people

  3. J’adore les mots d’enfants, et ma nièce grandissant j’ai découvert comme toi que ça restait toujours aussi drôle. Comme Julys et Mamzelle Bulle j’ai la chance d’en entendre beaucoup (mais je dis toujours que je devrais les noter parce que je les oublie et je ne le fais jamais).

    J'aime

          1. J’ai des collégiens ; parfois j’entends des choses hallucinantes. C’est fou ce qu’ils savent en 6e sur le sexe. En 4e, je te dis même pas… Mais c’est rare que ce qu’ils disent concernent les parents à ces âges ! 🙂

            J'aime

  4. Je compatis avec ce pauvre Pouët. On l’ignore souvent, mais être beau-parent, c’est dengereux pour la santé mentale. Cet été, la Moutarde, ma belle-fille, en vacances chez nous, a raconté à sa mère au téléphone, comment « c’est trop bien les vacances avec Lucette parce que (je) lui donne plein de corvées à faire ». Ambiance Cendrillon.com
    En fait de corvées, on passait le balais sous le préau (je suis une bourge, j’ai un préau dans mon jardin…) pour ramasser les saletés, et après on disait que c’était de la poussière magique et on la mélangeait à de la gadoue pour faire des « gâteaux de super héros ».
    Cela dit, il nous est arrivé de finir chez les flics une fois à cause d’une histoire raccourcie de la Moutarde. On n’a pas trop rigolé.

    J'aime

  5. Pensée émue pour ma mère qui avec sa nombreuse marmaille a du faire face à moultes situations embarrassantes, elle se demande encore comment elle n’a jamais eu la visite des services sociaux. Petits exemples: mon frère de 2 ans qui dit à une religieuse lui faisant gouzi-gouza-oh-qu’il-est-mignon “salut la meuf!” On n’a a jamais su ou il avait appris ça (il n’allait pas encore à l’école). Ou encore dans le TGV bondé, ma soeur qui demande “est-ce que moi aussi j’ai des grosses couilles comme Tonton Vincent” Les enfants sont formidables…

    J'aime

Fais moi rire (ou console moi):

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s